jeudi 27 mars 2014

Le Soleil, photographie ou énergie, image ?





Ces paysages pixellisés je pourrais les agrandir et les faire tirer en grand format sur des supports aluminium.
Je pourrais parler de mon doute sur le paysage et son rapport à la photographie, paysage traversé par les interrogations rétro-futur d'une écologie mondaine, par la mise en perspective des enjeux contemporains de l'image.
Je pourrais raconter que je vois dans ces images les précurseurs des images informatiques découpant le monde en petits carrés et que, dans une forme de Land Art approuvé par la technique, je vois là, dans mes grands tirages, la nécessité de replacer dans notre monde urbain, le paysage absolu : la montagne. Je pourrais aussi introduire l'air de rien, la notion d'énergie en appelant dans ces images leurs sources et dire que, ces objets-images sont en quelque sorte la preuve que nos illusions perdues lors de la crise pétrolière, ont généré dans nos paysages et dans nos objets architecturaux des images précoces aux mondes numériques.
Je pourrais.
Mais je ne dirais rien de plus de ce que disent déjà les cartes postales.
Car ces paysages proviennent de cartes postales représentant le four solaire de Font-Romeu. Depuis longtemps maintenant, (depuis sa visite lorsque j'étais enfant ?), depuis longtemps donc, j'aime dans ces cartes postales voir le paysage ainsi enregistré à l'envers dans la myriade de petits miroirs chargés d'une énergie lumineuse qui viendra, en un seul point, faire monter la température du four dans la tour.
Vous me voyez venir ?
N'y a-t-il pas là une analogie possible avec l'opération optique de l'appareil photographique ? Et si, le four solaire et sa lumière dessinant ainsi son paysage sur une surface photosensible géante pour former un rayon n'étaient autre qu'une immense chambre claire ?
Et si, ce four solaire était un appareil photo...graphique ?
Le plus grand, le plus ouvert, le plus chaud, le plus cher des appareils photographiques, l'un de ceux qui enregistrent le monde non dans une forme d'image mais d'énergie. L'énergie d'une image.
Regardons ces cartes postales :

éditions Dino.

éditions Dino.

éditions MAR.

Elles sont nombreuses et on les trouve facilement car, dans le génie civil, ses caractères monumentaux, modernes, scientifiques ont valu à ce four solaire de Font-Romeu un succès éditorial de très grande envergure !
D'ailleurs, comme souvent pour ce type de construction, les éditeurs aiment à nous informer des particularités techniques des objets. On apprend donc au verso que la température au Four est de 4000 degrés et que le miroir parabolique fait 54 mètres. Le four solaire produirait 1000 Kw dont l'éditeur ne nous précise pas si c'est par heure, jour, mois...
Par contre, peu de cartes postales nous montrent la totalité du système qui est aussi fait de miroirs face au four qui envoie la lumière dans le miroir parabolique qui, à son tour, concentre l'énergie dans le four situé dans la tour.
Mais, au-delà de la fonction de cet objet technique, on pourrait aussi y voir une bien belle architecture. J'aime comment la tour franche monte, isolée, face à la façade réfléchissante du miroir qui pourrait bien évoquer lui aussi ce rêve des façades d'immeubles de bureaux qui voudraient au moyen de fenêtres-miroirs nous faire croire à leur... disparition !
Mais la forme concave est rare finalement et c'est bien aussi ce qui fait la beauté étrange de cette architecture technique. L'autre grande qualité de cette architecture c'est son isolement total, perdue qu'elle est dans un paysage de montagne et venant y jouer tous les contrastes : forme, matière, échelle.
Tout cela en étant un parfait reflet à cette nature. Magnifique.
Dans mon classeur "génie civil", je possède deux autres cartes qui évoquent cette question de l'énergie solaire et des recherches affiliées. Elles ont, au-delà de leur objet, une force plastique étonnante qui nous fait croire à une abstraction sculpturale. Comme Marcel Duchamp disant à Brancusi, devant une hélice d'avion, qu'aucun artiste ne pourrait faire aussi bien, ou, comme le photographe Sylvain Bonniol, capable dans les forêts techniques de replacer l'homme, ces images portent une poésie dont je ne doute pas que ceux qui les inventent, ceux qui les cadrent, ceux qui les fabriquent comprennent la beauté.
la première :



Nous sommes à Mont-Louis devant le four solaire grâce à cette superbe photographie de Goudin qui est également l'éditeur de cette carte postale datant de 1969. L'expéditeur signale avec humour que "Malgré les incroyables possibilités de la science on a dû se chauffer au feu de bois !"
Oui !
Mais quelle image ! Quel objet ! regardez bien la silhouette au milieu de l'image ! Comment ne pas être subjugué par une telle photographie et par... sa modestie éditoriale !




Une autre ?



Encore plus mystérieuse, cette carte postale des éditions du Centre National de la Recherche Scientifique nous montre aussi le laboratoire de l'énergie solaire et son installation sous la neige. L'abstraction pour moi est totale et j'aime mon doute à y retrouver son sens !
Le noir et blanc accentue le trouble des formes, génère pour le néophyte un sentiment curieux de plaisir esthétique et d'interrogations visuelles.
Mais, soudain, dans le reflet d'une surface quadrillée passent des nuages.
Le blanc du sol monte et trouve sa place. le ciel alors s'ouvre d'un gris poudreux. Et la géométrie de l'expérience technique finalise la poésie de l'ensemble.
L'énergie d'une photographie, la photographie d'une énergie.

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