dimanche 28 mai 2017

Joseph Massota, plein vol






































J'aime apprendre, découvrir.
J'aime que, souvent, à partir de ce petit rectangle photographique qu'est la carte postale, je me trouve à tirer le fil d'une œuvre entière dont j'ignorais l'importance.
Pourtant, la carte postale en question est abîmée, percée, pliée et son dos est couvert d'une écriture enfantine et d'un petit dessin. Un ruban adhésif y est même collé.




































J'aurais pu jeter cette carte postale des éditions Ruyant qui porte pourtant un logotype qui me touche en tant que taille-doucier :




















Mais voilà, d'abord la surprise de la radicalité du bâtiment, la superbe allusion spatiale et la croix appliquée sur ce restaurant universitaire, tout cela m'aura permis de découvrir l'œuvre de Joseph Massota, architecte.
Nous sommes donc en plein vol au-dessus du restaurant universitaire à Saint-Césaire à Nîmes, ville pour laquelle Joseph Massota a beaucoup construit. On aimera la radicalité presque simpliste du plan, un grand camembert à l'ouverture pincée comme une meurtrière tout le long de la façade qui n'est pas sans me rappeler la passerelle de Claude Parent à Ris-Orangis. Ici, aussi, la perception intérieure ouvrant sur le paysage contraste avec le sentiment de fermeture lu depuis l'extérieur par l'enfoncement ombré des ouvertures. L'ensemble ne manque pas de nous étonner, de nous faire soupirer d'aise devant une radicalité humaniste au service ici du paysage contemplé et celui redessiné en entier par la présence affermie d'une forme aussi simple qu'elle est efficace. L'œuvre de Joseph Massota semble, si on croit la conférence en lien ci-dessous, tout entière de ce mélange. D'une grande modernité, puissamment exprimée sans remords, toujours au service d'une spatialité intelligente, c'est-à-dire, au service de ceux qui vont utiliser le lieu, l'œuvre de Joseph Massota donne une architecture forte, au caractère souvent brutaliste mais toujours empreinte d'un dessin utile, sans trop d'effets de mode ou d'un caractère monumental inutile. Pas de spectacle, mais une détermination certaine.
Je trouve une autre carte postale représentant l'un de ses chefs-d'œuvre et ici le mot n'est pas galvaudé, il s'agit de l'église Notre-Dame du Suffrage et Saint Dominique, toujours à Nîmes. La carte postale dont la photographie est de H. Collignon nous montre la nef et le chœur.





On y voit avec un immense bonheur le jeu des lumières, la radicalité de l'idée, là aussi, sa simplicité apparente. Un ovale, une mandorle percée dont l'alternance sans concession des ouvertures et des fermetures forme un filtre de couleurs, un pointillisme sur le sol qui est la preuve, une fois encore, de la richesse de l'architecture d'Art Sacré en cette période, richesse qui n'a pas attendu les photographes contemporains pour exister.
Le vide de l'église, l'absence de chaises ou de corps, prouvent que le photographe, Monsieur Collignon a su qu'ici il fallait laisser la chance à l'architecture de s'exprimer, de dire son jeu avec la lumière. On notera aussi le grand contraste entre le traitement en bois chaleureux de la charpente et le mur sur lequel elle repose. Quelle chance ce vide plein d'un esprit de lumière ! Quelle chance ce document !


















Je vous conseille donc vivement de visionner cette conférence sur l'œuvre de Joseph Massota. On regrettera cependant, alors même que des cartes postales sont utilisées pour l'illustrer, qu'aucune mention ni des éditeurs ni des photographes ne figure sous les images. À croire que les belles représentations populaires n'ont pas d'auteur. Leur modestie est leur honneur.
Nous continuerons de suivre autant que possible le travail de Joseph Massota sur ce blog.



Dernière minute :
je trouve hier ( 15/10/2017) dans un numéro de la revue Modes et Travaux de 1965 un article consacré à une villa dessiné par Joseph Massota. Je remercie mon frère Christophe pour ce prêt. Je vous donne donc l'article à lire. On s'amusera et surtout on aimera qu'une revue aussi populaire puisse à cette époque alors même qu'elle n'est pas une revue spécialisée faire de la place à une architecture contemporaine. On notera dans l'article que ce qui séduit c'est bien le modernisme tempéré dans ces formes mais abouti dans ses fonctions, et surtout les détails concernant la vie quotidienne et familiale. C'est d'ailleurs ce que le titre, associant blancheur (modernisme) et classicisme tente de résumer. Tant mieux, cela nous donne l'occasion de visiter une belle réalisation de Joseph Massota à Nîmes. Qu'est devenu cette maison ?

L'article est écrit par Françoise Moulin, les photographies sont de Hervé Collignon et Joseph Massota, l'architecte est bien nommé en tête de chapitre :














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